Lycée Hôtelier de Dinard - Formations Cuisine, Hôtellerie, Barman, Sommellerie, CAP, BAC, BTS - Les fraternisations de Noël 1914

18 décembre 2014

Les fraternisations de Noël 1914

A Noël, quelques escouades françaises, britanniques et allemandes suspendent les combats et s’adonnent sur le no man’s land, la zone entre deux tranchées ennemies, à d’incroyables actes de camaraderie. Il est difficile de saisir le sens d’un tel évènement, les fraternisations. Lorsque des soldats commencent à voir ceux qu’ils ont l’ordre de tuer non plus comme des ombres lointaines, simples cibles à détruire, mais comme des êtres humains, si proches qu’ils peuvent les entendre parler, crier, chanter, hurler de douleur, un étrange sentiment gagne leur esprit: les soldats se rapprochent et deviennent compagnons de l’adversité, alliés dans le combat pour la survie. Cette camaraderie dans les tranchées fut favorisée par la présence dans les troupes allemandes de nombreux réservistes qui avaient travaillé en Grande-Bretagne et qui  maîtrisaient la langue Anglaise. La date et la portée spirituelle de Noël jouent également un rôle intéressant. Dans ce contexte de confrontation permanente avec la mort,  la foi imprégnée chez beaucoup de soldats, leur a offert un refuge et entrainé une volonté de pacification temporaire.

Finir la guerre sans régler les injustices nées de celle-ci n’était pas possible. Les britanniques et les Allemands auraient pu, en théorie du moins, s’accorder un cessez-le-feu le long des tranchées du front occidental, déposer les armes et déclencher l’armistice. Mais les français avaient perdu dix départements et une partie de leur industrie lourde. Derrière les lignes allemandes se trouvaient des milliers de leurs compatriotes qui vivaient dans des conditions humiliantes et réclamaient désespérément d’être libérés. D’un point de vue militaire, la trêve de Noël n’a eu aucun impact. Ce fut une pause avant l’acte suivant du drame effroyable. Il n’était pas imaginable que les gouvernements et les populations des pays belligérants puissent accepter un cessez-le-feu général et que leurs hommes remettent le fusil sur l’épaule et rentrent chez eux. De plus, ces fraternisations ne sont pas une révolte contre la hiérarchie ni contre l’absurdité de cette guerre. La plupart des soldats ne pensaient qu’à s’accorder une trêve à un moment privilégié avant de reprendre le combat, et ne remettaient pas en cause ni leur devoir, ni le bien fondé de cette guerre qui commençait.

Les fraternisations constituaient une manière de ne plus penser à la guerre, de l’humaniser pendant ces moments où des ennemis se retrouvaient frères. Si ces soldats ou officiers ont cru pouvoir un temps oublier la guerre, celles-ci ne les a pas oubliés. Et comme ces fraternisations-là n’ont pas changé le cours de la guerre, bien des historiens ont pu les ignorer. On peut se demander pourquoi ces fraternisations de Noël 1914 ont été si peu commentées, en France notamment. Cela peut s’expliquer par le manque d’information, par la censure, mais également par l’autocensure, les lettres à l’arrière n’évoquant pas nécessairement ces courts moments de fraternisation. Néanmoins, avec le film de Christian Caron Joyeux Noël suivi d’ articles et d’ouvrages consacrés aux fraternisations, il semble qu’un intérêt  croissant commence à se manifester. Cela s’explique par une nouvelle approche historiographique dominée par une idéologie pacifique et européenne. La reconstruction de la mémoire depuis 1998 a d’ailleurs largement mis en valeur cette idéologie : c’est autour de cette date que se sont multipliés les travaux sur les trêves de Noël tandis que diminuaient ceux sur les responsabilités de la guerre et de ses atrocités.

Articles similaires

Les commentaires sont fermés.

A propos de l'auteur :


Version 2.1